La route qui monte à Saint-Cergue : entre histoire, vitesse et nature
Dominant la Côte vaudoise, la route qui relie Nyon à Saint-Cergue, surnommée parfois « la route blanche », est bien plus qu’un simple itinéraire de montagne. Depuis des siècles, elle a façonné le développement économique et touristique de la région, tout en devenant un terrain de jeu mythique pour les amateurs de sports motorisés, des courses automobiles historiques aux rassemblements de motos modernes.
Une route à l’origine du développement régional
L’histoire de cette voie remonte au XVIIIe siècle, lorsque Berne entreprend d’améliorer les infrastructures routières. À l’époque, Saint-Cergue vit du trafic de marchandises, notamment du voiturage et du commerce du bois. La construction, puis l’amélioration constante de cette liaison, ont permis de relier Nyon au Jura français, et notamment à Morez. Ce n’est qu’au début du XXe siècle, avec l’arrivée du chemin de fer Nyon-Saint-Cergue-Morez (NStCM), qu’un réseau de transport plus moderne est mis en place, renforçant l’attrait de la station.
Les courses de côte, une légende mécanique
Mais au-delà de son rôle utilitaire, cette route est célèbre pour les courses de côte qui s’y sont déroulées. Dès les années 1910, des motards audacieux s’affrontent sur ce parcours sinueux et à l’adhérence précaire.
- L’âge d’or des courses : Entre les deux guerres mondiales, la course de côte Nyon-Saint-Cergue connaît un succès populaire phénoménal. Malgré l’absence de goudron, jusqu’à 20 000 spectateurs se pressent pour admirer les exploits des pilotes et de leurs machines, comme Charles Lavanchy sur sa Motosacoche en 1917.
- Le temps des exploits : Les plus grands noms de la course de côte suisse s’y sont mesurés, poussant les limites de leurs motos jusqu’à établir des records impressionnants. Le point culminant de cette ère est atteint en 1934, lorsque Georges Cordey, champion suisse sur sa Norton 500, réalise l’ascension en un temps record de 8’50, soit près de 100 km/h de moyenne.
- La fin d’une époque : Après la dernière course en 1934, la compétition s’arrête, mais la légende de cette côte redoutable perdure.
Des rassemblements modernes et une route dangereuse
Aujourd’hui, l’esprit de la course automobile vit à travers la Rétro Moto Internationale de Saint-Cergue, qui permet à d’anciens motards de faire revivre le vrombissement des moteurs. Néanmoins, le tracé est aussi tristement célèbre pour sa dangerosité. Considérée comme l’une des routes les plus accidentogènes du canton de Vaud, elle est le théâtre de nombreux accidents chaque année. Les autorités locales et les médias multiplient d’ailleurs les actions de prévention pour sensibiliser les automobilistes aux risques de l’incivilité sur la route.
Un patrimoine à préserver
Malgré les défis posés par la sécurité routière, la montée vers Saint-Cergue reste un lieu chargé d’histoire, témoin des « années prodigieuses » du tourisme et des premiers exploits du sport motorisé. Les rassemblements comme la Rétro Moto permettent de préserver cette mémoire et de faire vibrer le passé, dans le respect de la nature et des populations locales.